Les revêtements antiadhésifs – bons ou pas pour la santé ?

Dernière mise à jour: 20.04.21

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Les recherches menées pour apporter le maximum de confort dans un foyer n’en finissent pas. Néanmoins, certaines solutions continuent de susciter le débat, comme le prouve la question toujours brûlante des revêtements antiadhésifs. La contrepartie de l’aspect pratique serait-elle réellement dangereuse pour la santé ? Le sujet reste sur le feu.

 

La source du débat : la composition du revêtement

Pour changer des chaudrons datant du Moyen-Âge et des diverses casseroles pour préparer à manger dans les ménages, de nouveaux ustensiles ont été inventés. Les faitouts, les poêles et autres sauteuses ont apporté un aspect plutôt moderne à l’art culinaire, mais avec un gros problème. Il fallait souvent récupérer la batterie de cuisine après une concoction assez durable, mettant beaucoup de noir à l’intérieur et à l’extérieur de l’objet. Une solution pour changer cette habitude a alors été recherchée, et matérialisée peu avant la Seconde Guerre mondiale.

En 1938, la compagnie américaine DuPont de Nemours annonce une découverte qui va révolutionner le domaine des cuisines. Celle-ci se matérialise par l’invention du polytétrafluoroéthylène, aujourd’hui connu sous l’acronyme PTFE, et disposant de propriétés intéressantes. Ce polymère fluoré n’est autre qu’un matériau organique inerte et non toxique, qui détient la capacité de repousser certains liquides comme l’eau et l’huile. Ces deux éléments constituant les principaux ingrédients de chaque plat, ce produit ne pouvait mieux tomber pour trouver une application en cuisine. Pour en retenir plus facilement l’appellation, l’inventeur l’enregistre en 1953 sous le nom de Téflon. Il s’agit en fait de l’abréviation de tétrafluoroéthylène (Té-fl), à laquelle a été rajouté le suffixe en –on pour les matières plastiques.

De par ses propriétés, ce type de revêtement se pose alors depuis des décennies comme la solution aux poêles noircies et aux nourritures qui collent au fond des casseroles. Cependant, un revers a été soulevé par des associations de consommateurs et d’autres chercheurs, signalant la toxicité de cette composition. En effet, ces derniers ont indiqué la présence d’acide perfluoro-octanoïque, plus connu sous le nom de PFOA, et réputé nocif pour la santé. 

Remettant en question la fiabilité et l’aspect inoffensif du téflon lui-même, le pfoa serait pointé du doigt comme principal facteur de risque pour la santé. Mais si le danger a été plus ou moins écarté, divers résultats de recherches reviennent à la charge en 2009, indiquant la négligence de prise en compte d’un autre composant tout aussi toxique. Il s’agit d’un autre élément perfluoré, matérialisé par le perfluoro-octane sulfonate ou pfos, et dont les propriétés seraient plus dangereuses que le premier. Suite à ces différentes remises en question successives, DuPont de Nemours a décidé de retirer ces éléments de la fabrication du revêtement depuis 2015.

Les risques mis en avant

Si le fabricant assure que son produit reste inoffensif dans les conditions normales d’utilisation, diverses allégations persistent et signent quant à la nocivité du téflon pour la santé. En effet, des doutes perdurent, indiquant la réalité du PTFE et son danger en tant que cause de perturbation endocrinienne. En termes concrets, le pfoa qui le compose, de par sa nature, constitue un facteur déclenchant du cancer de la prostate. La raison s’explique par le fait que personne n’est assuré d’utiliser son ustensile dans les conditions toujours normales. 

En fonction des situations, il se peut que vous ne remplissiez pas tous les paramètres requis pour vous servir de votre casserole antiadhésive de manière optimale. La qualité du feu, le type de nourriture à cuire, l’état du matériel lui-même peuvent ouvrir une brèche et laisser le produit toxique s’échapper. Cette probabilité conforte le souci de certains chercheurs et associations sur le trouble de la fertilité chez l’homme. Néanmoins, une conclusion de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments ou Afssa coupe court aux peurs quant à ces risques. En mars 2009, elle publie un avis excluant tout danger pour l’homme par rapport au pfoa. 

Selon elle, la présence résiduelle de ce produit des revêtements antiadhésifs reste totalement négligeable, et donc sans danger pour les consommateurs. L’exposition de ces derniers a été considérée comme 600 fois inférieure à la dose journalière requise pour provoquer une mutation génétique. L’effet cancérogène existe bel et bien chez les rongeurs qui ont subi l’expérience, mais il est tellement faible qu’on ne peut extrapoler sur l’espèce humaine. 

D’ailleurs, la nuance est soulignée entre cancérogène qui indique la favorisation de l’apparition d’un cancer, et cancérigène, qui indique les facteurs favorables au développement d’un cancer déjà existant. Enfin, pour terminer son argumentation, la présence de pfoa dans l’environnement à 6 ng par kilogramme de poids corporel par jour reste réellement faible, pour poser un risque vital.

Toutefois, la controverse semble se perpétuer, car moins d’un trimestre après cette déclaration, une étude danoise avance l’absence de prise en compte par l’Afssa des analyses d’un autre composant matérialisé par le pfos. Le Réseau environnement santé ou RES demande alors un nouvel examen pour confirmation. Les derniers résultats tiennent en effet le pfos pour premier responsable de la baisse de qualité du sperme. Comme argument de poids, le RES se réfère à la déclaration de l’agence fédérale américaine CDCP – Centers for disease Control and Prevention – indiquant que cette substance imprègne 98% des Américains. 

L’Union européenne le classe d’ailleurs comme élément cancérogène de classe 3, c’est-à-dire ayant des possibilités d’effets irréversibles. Il tombe également sous la coupe d’une classification comme facteur toxique pour la reproduction de classe 2. En traduction libre, il peut constituer un risque pendant la grossesse avec des conséquences néfastes sur l’enfant.

 

Conditions d’application des facteurs de risque

Si les casseroles antiadhésives ont fait le bonheur de bien des ménages depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, bon nombre d’utilisateurs se posent désormais la question sur leur fiabilité réelle. Après les débats interminables, le concept de la condition normale d’emploi revient sur le tapis. Suivant cette idée, le PTFE et son danger ne se retrouvent que dans l’une des situations induisant une possibilité de changement de structure, auquel cas le risque pourrait effectivement être reconsidéré.

Le premier cas se définit par une chauffe excessive du récipient. Préconisé pour un usage optimal jusqu’à 260 °C, le ptfe reste stable en dessous de cette température. En dépassant ce plafond, les propriétés antiadhésives se dégradent et subissent une altération en surface. Les aliments vont alors recommencer à coller, et vous allez devoir user de trucs et astuces pour récupérer votre accessoire. Mais au-delà de cette future corvée, le risque sur la santé se traduit par une émanation de gaz fluorés toxiques qui s’échappent sous l’effet de la chaleur excessive. Elle peut alors provoquer des effets indésirables chez les personnes fragiles ou sensibles au niveau des organes respiratoires.

Par ailleurs, les effets néfastes peuvent également être soulevés dans le cas d’une usure avancée du revêtement. Durant les expériences effectuées lors des études, les poêles utilisées étaient toutes neuves ou en bon état. Or, la donne pourrait changer en fonction de l’état d’usure de ce matériel. Avec un antiadhésif rayé ou cassé, ou une casserole suffisamment usée après le passage au lavage avec les différents liquides vaisselle, le risque que le pfoa se détache ou change de structure n’est pas à écarter. Sous l’effet de la chaleur, elle pourrait effectivement laisser des résidus qui vont passer dans les aliments, se retrouve dans l’assiette et intégrer votre organisme. Cette crainte perdure jusqu’à aujourd’hui, même si aucune preuve concrète n’a officiellement encore été diffusée sur le sujet.

Les alternatives en matière d’antiadhésif

Pour tenter de terminer le débat, DuPont de Nemours a décidé d’arrêter de recourir au pfoa pour composer son téflon. Il ne s’agit cependant en aucune manière d’une reconnaissance de la dangerosité de ce polymère, sachant que celui-ci existe dans de nombreuses autres applications. Vous pouvez en effet en trouver dans les ustensiles de cuisine – autre que les casseroles et poêles – et certaines catégories d’emballages alimentaires, sans que ces derniers ne deviennent sujets à controverse. La décision découle plutôt d’une stratégie résultant de l’observation du consommateur qui se tourne vers des produits alternatifs. D’ailleurs, le fabricant continue de créer son antiadhésif, mais avec un ingrédient tenu secret pour la composition du téflon.

Dans un autre contexte, un nouveau matériau est en train de faire ses preuves, caractérisé par la céramique. Ce matériau inorganique a reçu un traitement thermique, et ne contient ni métal ni alliage métallique, ce qui écarte théoriquement tout PTFE et son danger découlant de son utilisation. Son principal atout se situe dans son aspect recyclable. Le risque devient par ailleurs presque inexistant par rapport à l’utilisation de la nanotechnologie pour le système d’accroche. En outre, ce choix séduit d’autant plus par sa solidité, car la céramique présente une grande dureté, et s’use moins vite que le PTFE. L’antiadhésif en céramique est aujourd’hui aussi efficace que le téflon. En cas de rayure, elle reste lisse et ne subit pas d’effritement, ce qui risquerait de laisser des résidus susceptibles de créer un nouveau débat de plus.

 

 

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